La catastrophe de Fukushima tourne en tragédie : 443 km² ensevelis par le Tsunami et des réacteurs nucléaires sur le point de polluer durablement l’environnement. Un drame qui touche la plus grande nation productrice de bande dessinée dans le monde, mais surtout des populations qui, du jour au lendemain, se retrouvent sans rien : sans maison, sans boulot, avec des familles décimées, et qui plus est menacées par une situation sanitaire inextricable. La seule chose que nous pouvons leur apporter, c’est notre compassion. Dans le monde de la bande dessinée, les choses s’organisent.
Les premiers à avoir réagi sont ceux évidemment ceux qui étaient aux premières loges comme l’auteur de bande dessinée Jean-David Morvan, obligé de se replier sur la France ou le traducteur Thibaud Desbief (traducteur de Monster, Zipang, Hunter Hunter, Real, Keroro, Un monde formidable, Paradise kiss…) qui écrit sur sa page Facebook : « En presque 15 ans passés au Japon, ni les problèmes de visa, ni les difficultés financières, ni les chagrins d’amour n’avaient réussi à me faire rentrer en France. Seul un appel au service militaire y était parvenu. Pour cette deuxième fois en 15 ans, ce fut encore un véritable déchirement. »
Et ne parlons pas de ceux qui sont restés là-bas, notamment ces Japonais qui travaillent avec l’Europe et qui sont extrêmement déstabilisés, en particulier les éditeurs de mangas: tout le nord du pays est paralysé, pénuries d’encre et de papier annoncées, un réseau de transport complètement à l’arrêt en raison des difficultés à trouver du carburant… Le constat est terrible.
Des compagnies entières se sont retirées vers le sud du Pays, sur Kyoto ou Osaka, mais tout le personnel ne peut pas suivre. Sans coursier, nous raconte-t-on chez Kazé (filiale de Shueisha et Shogakukan), le PDG de Toei Animation est allé porter lui-même le master des nouveaux épisodes de Dragon Ball Z chez NHK, la série n’ayant souffert d’aucun retard de livraison depuis 1986 !
Les revues de Shueisha Weekly Shonen Jump et Weekly Young Jump, de même que quelque 190 autres publications, ont essuyé des reports et certaines nouveautés sont d’ores et déjà passées sur le Net, notamment pour les clients qui n’ont pas pu être servis par leur exemplaire papier, provoquant un essor inattendu du numérique dans l’archipel..
Ce drame commercial n’empêche pas certaines sociétés de manga à mettre la main à la poche pour aider leurs concitoyens : le groupe Kadokawa a donné 50 millions de yens (près de 438.000 euros) à la Croix Rouge et a annoncé qu’elle offrirait les ouvrages, scolaires notamment, aux régions affectées par la catastrophe.
En Europe aussi, certains ont pris l’initiative : Jean-David Morvan et Sylvain Runberg ont lancé avec Aurélie Neyret, Kness, Made et la communauté créative du site Café Salé, Tsunami, un blog où les dessinateurs ont pu poster leurs illustrations. A l’issue de cette publication, une mise aux enchères des dessins aura lieu dont le bénéfice reviendra à l’association Give2Asia, en charge de l’aide aux populations sinistrées.
Les auteurs qui veulent participer au projet peuvent envoyer leurs dessins à tsunami@cfsl.net, en précisant le nom de l’auteur, le site internet, en mentionnant leur volonté de vendre l’illustration au profit de l’aide humanitaire pour le Japon, etc. Plus d’infos sur cette page.
Quant à JapanExpo, le festival des amoureux de la culture japonaise, il a créé sur Facebook une page intitulée GANBARE JAPAN !, ce qui signifie « tiens bon, Japon ! »:
«Cette page a été faite pour vous, pour vous donner l’opportunité de laisser des messages de soutien à la population japonaise. Vous pouvez aussi y déposer des dessins ou des vidéos. C’est votre page et vous pouvez y exprimer votre soutien comme vous le souhaitez. Nous nous assurerons que ceux-ci parviennent au Japon par la suite.»
JapanExpo qui aura lieu début juillet, prépare par ailleurs des opérations de solidarité importantes lors de leur festival.
DIDIER PASAMONIK
Illustrations extraites du site Tsunami
1. Illustration de Boulet.
2. Illustration de JM Ken Niimura.
3. Illustration de Dimitri Piot.
Ces dessins feront l’objet d’une publication chez CFSL/Ankama et les originaux ont fait l’objet d’une vente aux enchères à la galerie Arludik à Paris le 30 avril 2011.
Le dessin en médaillon est d’Alexandre Franc.
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