On croyait que l’alliance avec le rock avait sombré avec les années 1980. Que nenni, il renaît sous la plume de Viravong, sous les auspices de la collection Kstr.
Né en 1976 à Lagny-sur-Marne en Seine-et-Marne, Viravong (de son vrai nom d’origine laotienne, Viravong) se dirige vers des études d’économie et de communication, histoire de rassurer ses parents. Il faut dire que cet enfant de la génération Goldorak est fan de BD : après avoir découvert Petzi, Lucky Luke, Picsou Magazine, il bifurque, grâce à un cousin, sur les Strange des années 1980. Choc au sommet : « Des super-héros, de la baston et des dilemmes cosmiques dignes de Feux de l’amour ! 1989 est une année charnière dans mon parcours de fan. C’est l’année de mon premier voyage en Angleterre, d’où je ramène mes premiers Iron Man, Silver Surfer, et le Spider-Man de Todd McFarlane, en VO. »
Génération Goldorak
Autre choc : les mangas. Il découvre dans une librairie parisienne la version manga de Ken le survivant dessinée par Tetsuo Hara sur un scénario de Buronson. Mais il y a
surtout le tsunami Akira d’’Otomo : « Cette série, en 89, était une rumeur : d’un manga populaire et novateur, on avait fait le film le plus cher de l’histoire de l’animation japonaise, dixit Patrice Drevet dans sa mythique émission « Drevet Vend La Mèche », qui avait les premières images. L’année suivante, en 90, c’est l’explosion : Glénat publie Akira. Libé, toujours à l’affût d’un bon coup, relaie l’évènement. Et quand paraît le premier numéro, quand j’ouvre la première page… Boum ! On n’avait jamais vu ça. Une explosion qui ravage Tokyo, des motos qui tracent sur l’autoroute, des mutants… Akira a tout changé. Le cyber punk avait trouvé une seconde jeunesse, et un nouveau public. L’électro-choc a été si brutal que les autres courants de BD que constituaient l’école franco-belge et les comics, les plus populaires jusqu’alors, prenaient un coup de vieux, du jour au lendemain. Et pour moi, la boucle était bouclée : en son temps, Goldorak avait donné une sévère fessée à l’animation (et à l’enfance) telle qu’on la concevait dans les années 1970. Akira achève la bête, et la BD, en donnant la parole à des ados paumés et énervés dans un futur proche et hyper glauque. Ce faisant, le manga avait définitivement atterri en Occident. Après les comics, le manga est devenu ma nouvelle église. Mais au-delà d’une simple esthétique ou d’un effet de mode, il a réveillé en moi de nouvelles idées, de nouvelles ambitions en tant qu’auteur. »
Rock ‘n Roll, Man !
Après son Bac Eco, il obtient un BTS en Arts visuels à l’Ecole Olivier de Serres à Paris. Il a deux passions : la musique et la BD. Comment concilier ces deux univers? En 1996, alors qu’il n’a pas encore achevé ses études, il autoédite sa première BD sous la forme d’un comics précisément : Sheytan n°1, en quelque sorte la matrice de son futur album publié chez Casterman. « En 1997, je reçois le prix Presse Citron à l’école Estienne, décerné par des professionnels du dessin de presse (que j’admire) comme Pessin, Plantu, Tignous, Luz… En 1998, quand j’obtiens le diplôme, je propose un projet de BD qui est refusé un peu partout. Je me tourne alors vers la pub et le graphisme, qui me feront vivre jusqu’en 2005, année où je décide que ça commence à bien faire, qu’il y a trop de daubes en BD qui paraissent et qu’il n’y a pas de rai
son : moi aussi, j’y ai ma place ! Et je ressors de mes tiroirs un vieux projet qui me tient à cœur pour le proposer aux éditeurs : Sheytan. »
Bientôt repéré par Didier Borg, la tête chercheuse du label Kstr, l’album est publié chez Casterman en juin 2007. Cette saga de trois musiciens losers remet au goût du jour l’alliance entre le rock et la BD initiée par Jean-Pierre Dionnet et Philippe Manœuvre dans les années 1970. « Combien de fois on m’a comparé, un peu par dessus la jambe, à Margerin, que j’estime, sous prétexte qu’il fait depuis 30 ans des BD dites rock’n'roll, nous dit Viravong. Par rapport à des auteurs de son époque, et dans cette veine, je me sens plus proche de Tramber & Jano, et de leur « Kebra ». Ou plus, récemment, de Peter Bagge, l’auteur de « Hate ». Mais qui se rappelle de Kebra, ou bien qui connaît Hate ? Il y a un énorme boulot de pédagogie à faire pour que des gens qui ont envie de lire des BD soi-disant rock ne passent pas à côté de ces monuments ! »
Résidence au Centquatre
Comme cette génération, le trait se veut énergique, inspiré à tout dire électrique. Nous y rencontrons une bande de copains qui montent un groupe de rock quelque peu visité par le fantôme de Frank Zappa lequel leur demande de retrouver un esprit rebelle pour secouer un genre semble-t-il entravé par une industrie définitivement formatée aux produits de la Star Academy. L’album ne passe pas inaperçu.
Depuis quelques mois, Viravong est en résidence au CENTQUATRE, ce centre culturel parisien dédié à l’art contemporain. Inspiré par le quartier de la rue d’Aubervilliers, il concocte un nouvel album : « Je travaille sur un nouvel album « Blues du Nord » qui sera fini au terme de ma résidence, en octobre 2009. L’album sera publié en co-édition avec KSTR et le 104. Mais dés janvier prochain, et chaque mois, vous pourrez suivre les chapitres en ligne sur le net, via le site du 104 (104.fr) et le site de KSTR. Soit 10 chapitres jusqu’en octobre 2009. » Entre-temps, il termine un album écrit avec son frère, Unic Team, mettant en scène une bande de skaters qui ont transformé le 104 un skatepark improvisé. Un album qui sera publié par Kstr en 2009.
Didier Pasamonik
Illustrations
1. Viravong par Didier Pasamonik.
2. Sheytan, le premier album de Viravong paru chez Kstr en 2007.© Viravong/Casterman
3. Flyer pour Sheytan. © Viravong/Casterman
4. Illustration de Viravong pour son projet autour du 104. © Kstr/Le 104.
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