Mundo-BD Au rapport, monsieur Ratier ! | Mundo-BD
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Didier Pasamonik

 

Depuis plus d’une décennie, Gilles Ratier fait pour l’Association des Journalistes et des Critiques de bande dessinée, le décompte des publications qui sortent en librairie. Au début des années 2000, ça allait : seulement 1500 nouveautés se publiaient chaque année. Mais avec l’arrivée des mangas et la prolifération des éditeurs de BD, c’est désormais 4700 BD qui s’affichent au compteur. Nous vous livrons au bout de ce lien hypertexte l’intégralité de ce rapport à propos d’un secteur en pleine santé.

En dépit de ses 50 ans émoulus, Gilles Ratier est un « vieux de la vieille », habitué des1. Ratier portrait festivals d’Angoulême où il se rend depuis les origines. Ce bibliothécaire de la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges fait, depuis 2000, un travail précieux : le décompte de toutes les bandes dessinées publiées en francophonie. «  Je comptabilisais, pour moi, la production bandes dessinées de l’année, témoigne notre patient encyclopédiste, et j’étais agacé par les chiffres annoncés par certains journalistes généralistes ou même par le respectable magazine professionnel qu’est Livres Hebdo qui, à l’époque, n’avait pas de « spécialiste » en bandes dessinée ; d’où des chiffres de production où se mélangeaient allégrement véritables « nouveaux » albums (des nouvelles créations, en fait), rééditions (une intégrale est une réédition même si elle comporte des planches inédites ou peu connues), recueils d’illustrations et essais : catégories bien différenciées dans mon rapport. Certaines bandes dessinées pour enfants comme « Tom-Tom et Nana » étaient même considérées comme des albums jeunesse et non pas comme des bandes dessinées, et de nombreux albums régionaux ou auto-produits n’étaient même pas comptabilisés. »

Encouragé par ses petits camarades de l’Association des Journalistes et des Critiques de Bande Dessinée (ACBD), il s’employa à étoffer les données et à les mettre en chiffres et en graphes : recensement systématique de tout ce qui parait en France, Belgique et Suisse ; recoupement avec les listes d’une dizaine de grosses librairies situées dans ces trois pays et dans différentes régions françaises ; croisement de ces informations avec la base de données pour les libraires Électre (réalisée par Livres Hebdo), sans compter le rendez-vous obligé en librairie pour regarder le contenu des ouvrages qu’il n’a pas eu encore l’occasion d’avoir entre les mains. Du vérifié, pas de l’approximation.

graph-rastier Les premières années, notre passionné qui n’est pas un spécialiste de l’économie de la BD, s’était un peu mêlé les pinceaux : « La production n’est pas le marché » n’a-t-on pas manqué de lui faire justement observer. Mais sur une profondeur de huit ans, comme c’est le cas aujourd’hui, cette production en est forcément le reflet du marché. CQFD.

 

Un rapport « qui ne rapporte rien » mais dont le profit est considérable

3. Marché de la BDLe principal grief finalement que l’on a pu faire à Gilles Ratier, mais il n’est jamais formulé, est que notre homme fait ce travail bénévolement. Largement diffusé , son rapport est disponible gratuitement. Or, il est connu qu’il est soigneusement traduit par les décideurs américains et nippons qui s’intéressent de près à cette curieuse évolution de la production de la BD francophone qui, depuis 13 ans, est en croissance, en dépit d’une concurrence exponentielle des mangas (dont le chiffre de production s’est multiplié par 7 en huit ans) et des comics (dont le chiffre a doublé en dix ans)

C’est évidemment son métier de bibliothécaire à temps partiel qui lui permet ce prodige. Le matin, il est journaliste et écrit ses articles (il est notamment responsable d’une page hebdomadaire sur la bande dessinée dans le quotidien régional L’Écho du Centre, un rendez-vous qui existe depuis 1998) tout en engrangeant des données pour son rapport annuel ; l’après-midi il redevient bibliothécaire dans l’une des plus belles bibliothèques municipales françaises où il est le responsable du fond bandes dessinées avec un confortable budget d’acquisition qui lui permet d’acheter 80 à 90% de la production annuelle et de refaire le catalogue (albums perdus, détériorés…) d’un gros éditeur tous les ans. Il participe aussi à de nombreuses revues spécialisées ainsi qu’à une collection de monographies sur les auteurs de BD aux éditions Mosquito.

Une production foisonnante

4. Marché de la BD Ce qui le frappe dans la production actuelle de la BD, c’est son foisonnement : « Cet art est devenu l’une des composantes essentielles de l’industrie du divertissement ! Ce n’est plus ce ghetto connu seulement de quelques « spécialistes » et dont seule une centaine de personnes permettait l’existence. »  constate-t-il. Encouragé par ses collègues de l’ACBD, son rapport est pour cette association, l’occasion de faire sa promotion une fois pas an, juste avant Angoulême. Chacun se jette sur le travail de Gilles Ratier avec gourmandise et multiplie les commentaires…

Cela donne à notre homme une incontournable position de vigie pour ceux qui scrutent les tendances de la BD de demain : « Il est clair que l’avenir est sur la toile !, nous dit Gilles Ratier. Ce qui ne l’empêche pas de croire à une certaine pérennité du livre : « Les liens incessants et les va-et-vient continuels entre la bande dessinée et toutes les autres industries du loisir (cinéma, télévision, dessins animés, jeux vidéo, musique, Internet…) lui amèneront toujours de nombreux nouveaux lecteurs… »

Cette note d’optimisme en ces temps économiquement incertains est, ma foi, bien rafraîchissante !

 

Didier Pasamonik

Table des illustrations
  1. Portrait de Gilles Ratier. Photo : DR

  2. Graphe. L’évolution de la production de la BD en France depuis huit ans montre que tous les segments du marché (BD franco-belge, mangas, comics, BD indépendantes…) ont progressé sans qu’aucun secteur ne cannibalise l’autre. Le marché en huit ans, donc, s’est considérablement agrandi.

  3. La BD ne craint pas la concurrence des autres médias. Photo : D. Pasamonik.

  4. De nouveaux publics sont apparus ces dernières années : une clientèle féminine, une clientèle de gamers de jeux vidéo qui trouvent dans les BD un prolongement des univers découverts dans le jeu et des lecteurs de littérature attirés par les romans graphiques comme Persépolis.


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Auteur:
Didier Pasamonik
Date:
Mardi, janvier 6th, 2009 at 10 h 39 min
Categorie:
Actualités, BD Européenne
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