A la Renaissance, les peintres flamands venaient en Italie pour apprendre la perspective et les mystères de la peinture à l’œuf. Au Vingtième Siècle, un dessinateur italien, Antonio lapone, est venu habiter la Belgique pour mieux appréhender les mystères de l’École belge. Rencontre.
Antonio Lapone est né le 24 octobre 1970 à Turin, en Italie. Devant ses dispositions pour le dessin, son père, employé à la FIAT de Turin, favorise un parcours scolaire qui le mène à faire des études de graphisme publicitaire. Son premier choc pour la BD, il le rencontre en découvrant Thor, le super-héros de Stan Lee et Jack Kirby. Ce dessinateur devient sa référence. Il enchaîne avec Kamandi et les nombreuses autres créations du « King of Comics » : les X-Men, Spider-Man, Hulk… Mais quand il dessina pour lui, il ne va pas spontanément vers des personnages testostéronisés, pleins de muscles, mais plutôt vers des personnages lisses et mignons, comme les publicitaires en aiment ! ![]()
Après cinq années d’étude, ils sort avec un diplôme en poche et se fait engager dans une agence qui dessine des manuels de pilotage pour hélicoptères Agusta destinés aux carabineri, la police italienne !
Il se retrouve ensuite engagé dans une agence de publicité qui travaille pour les voitures Lamborghini. Il en redessine légèrement le logo, mais c’est évidemment à l’agence de s’en attribuer toute la paternité. Ses affaires marchent plutôt bien dans le monde du graphisme publicitaire, mais il n’aime pas ce milieu très compétitif où l’on doit être prêt à tuer père et mère pour réussir. Il décide de passer à mi-temps pour dessiner… de la BD, sa véritable passion. C’est l’époque où il rencontre Gianfranco Goria, avec qui il fonde Anonima Fumetti, à l’origine de la principale agence d’information sur la BD en Italie, Af News http://www.afnews.info/. Mais ses projets de BD restent sans lendemain car il n’a pas encore trouvé son style.
En décembre 1996, il découvre, vendue en solde, la version italienne du Cimetière des éléphants de Yves Chaland aux éditions Telemaco, l’éditeur de la BD underground des années 1980. C’est un choc esthétique de première importance qui décide de son style. Il l’utilise d’abord dans des illustrations puis il entame une ébauche de bande dessinée, Daisy Blonde, et s’en va avec elle à Angoulême, la Mecque de la BD francophone. Avec lui, il y a Barbucci et Canepa qui vont aller présenter Skydoll chez Soleil avec le succès qu’on connaît. Il rencontre François Le Bescond chez Dargaud et l’éditeur suisse Pierre Paquet. Le premier ne tarit pas d’éloges dans La Lettre de Dargaud, mais c’est le deuxième qui le publiera le premier.
Lors de son séjour en France, il gagne un concours à la FNAC qui lui offre la possibilité de recevoir gratuitement 10 BD de polar. Quelques temps plus tard, il reçoit de Dargaud une lettre qui lui réclame un projet. Or, il n’a rien d’abouti à proposer ! Le même jour, Pierre Paquet l’appelle. Il l’invite à venir à Genève pour signer un contrat. Lapone va au plus vite, il part pour Genève. Il n’a pas de projet ? Ce n’est pas grave ! Paquet le met en contact avec un scénariste et, roulez jeunesse ! Il appelle aussitôt Dargaud pour s’excuser d’avoir commencé un projet chez Paquet
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Ligne Claire en V. I. (version italienne)
Antonio Lapone crée sa première BD : c’est A.D.A [Antique Detective Agency] (2001, scénario de Pierre Vanloffelt). Son dessin a un goût assumé de « déjà vu », cette fameuse « Ligne Claire » inventée par Joost Swarte et dont Floc’h et Chaland, amoureux des années cinquante, avaient été les chefs de file en France. Les enquêteurs de Lapone sont des cousins proches de Bob Fish et de Phil Perfect, les détectives de Chaland et de Serge Clerc. L’effet d’école est saisissant et ce travail montre l’importance du rayonnement de ce mouvement, synthèse entre l’école de Bruxelles et de Marcinelle, qui va de la Hollande (Henk Kuijpers) à l’Espagne (Daniel Torrès), de l’Autriche (Chris Scheuer) à l’Angleterre (Ryan Hugues), jusqu’au Canada (Paul Rivoche), même si, fondamentalement, la référence au roman noir passe d’abord pour Lapone par sa parodie italienne créée par Silver : Lupo Alberto.
Avant le deuxième tome de A.D.A. (scénario de Régis Hautière, 2006) , il multiplie les travaux publicitaires, les illustrations, ainsi qu’une collaboration pour Nocturne sur un ouvrage consacré aux Platters. Il sera bientôt suivi d’un Stravinsky.
Au Festival d’Amiens, il rencontre Frédéric Mangé, l’éditeur de Treize Étrange qui lui exprime son désir de travailler avec lui. Mais Antonio a peur de ne pas pouvoir assumer tous ses engagements en même temps, il temporise. « Une erreur » reconnaît-il aujourd’hui. Le contrat finit par être signé dans le cadre des éditions Milan dont Treize Étrange est une filiale. Le jour suivant, son éditeur est viré pour des raisons qu’il ignore. Son contrat n’a duré qu’une journée ! Heureusement, le label est racheté par Glénat six mois plus tard et le projet peut repartir. Ce sont quatre personnages de passage à Bruxelles, pendant l’Exposition universelle de 1958. Ils seront bouleversés par un élément a priori insignifiant mais dont les conséquences sur leur vie sera déterminante. « C’est un récit intimiste, une histoire d’amour. Avec A.D.A., j’étais dans l’aventure. Ici, c’est l’idée d’un récit calme, un week-end à la campagne. »
Durant une bonne partie de l’année 2009, les travaux de Lapone ont été exposés dans l’Atomium, aux côtés des planches de ses idoles : Serge Clerc, François Avril, Joost Swarte, Ever Meulen, etc. qu’il rencontre à cette occasion. « Je me senti comme un curé qui rencontre le Saint-Père au Vatican ! Ma bibliothèque était devenue réelle. Je discutais avec Joost Swarte, Ever Meulen, Serge Clerc… Je n’ai jamais pris de drogues, mais c’est comme si j’avais pris de la cocaïne, j’avais des hallucinations ! C’est une soirée dont je me rappellerai toute ma vie ! »
Didier Pasamonik
Illustrations :
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Antonio Lapone par Didier Pasamonik (L’Agence BD)
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A.D.A. Tome 1 par Antonio Lapone et Pierre Vanloffelt – Éditions Paquet
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Les Platters par Antonio Lapone – Éditions Nocturne
Le portrait de Didier Pasamonik en médaillon est d’Alexandre Franc.
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