Le rapport de Gilles Ratier, secrétaire général de l’Association des Journalistes et Critiques de Bande Dessinée (ACBD), est un moment toujours attendu par les commentateurs. Depuis près de 15 ans, il comptabilise avec une patience de moine bénédictin toutes les BD qui paraissent dans l’année.
Certes, le nombre de titres publiés n’est pas le reflet exact du marché, puisqu’il est question d’une statistique des ouvrages mis en vente sur le marché francophone, et non d’un chiffre d’affaires, mais c’est un indice tendanciel car le nombre d’albums produits par un éditeur dans l’année traduit son espérance dans les capacités du marché à absorber ses nouveaux titres. Comme 80% de ces nouveautés sont produites par des maisons d’édition déjà bien établies, le risque est forcément calculé faute de quoi, de toutes façons, la prise de risque se trouve sanctionnée l’année suivante par une sévère correction.
4863 bandes dessinées publiées en 2009
La comptabilité de Gilles Ratier met toujours en avant un chiffre clé : le nombre de nouveautés dans l’année : 4863 albums BD ou assimilés. C’est une quantité considérable (cela fait près de 15 par jour) qui laisse immédiatement ressortir cette évidence : il est impossible d’acheter toutes les BD qui sortent et, d’autre part, le fait qu’il n’y a pas UN mais DES marchés de la BD. Mais comparé aux 65.000 nouveautés publiées en librairies en 2009, c’est portion congrue : la BD représente, en 2009, 7.48 % de l’édition francophone et accuse même un léger recul. Un tassement qui n’est pas significatif (7,91% en 2008) eu égard à la forte progression du secteur des mangas ces dernières années, progression qui devait forcément un jour marquer le pas.
2/3 de séries
De ces 4863 publications, il convient de retrancher des « vraies » nouveautés, à savoir des ouvrages publiés pour la première fois, les « nouvelles éditions » de titres anciens (Tintin ou Corto Maltese, par exemple) qui sont 892 cette année, avec une progression de 71 titres traduisant une attitude du marché qui, en ces temps de crise, préfère les valeurs refuges. On enlèvera aussi 297 Art Books et 75 ouvrages consacrés à la bande dessinée qui ne sont pas à proprement parler des créations.
Sur les 3599 nouveautés restantes, on compte 1460 bandes dessinées asiatiques et 260 comic books américains. Reste 1471 nouveautés « franco-belges » et 398 romans graphiques ou assimilés. Là on retrouve des proportions tout à fait raisonnables.
Les 2/3 sont des séries commerciales classiques ce qui montre que la BD classique est encore celle qui, dans nos contrées, donne encore le ton. Le graphe montrant l’évolution de la production sur les 9 dernières années est d’ailleurs tout à fait éclairant : en 9 ans, tous les segments ont été multiplié par trois voire par quatre sans jamais cannibaliser les autres.
Un média rassembleur
Cela veut dire quoi, concrètement ? Que la BD a gagné des lecteurs ces dernières années, ou plutôt, elle les a retrouvés : les « vieux » lecteurs, les « baby-boomers » qui se sont battus pour que la BD devienne une culture à part entière sont toujours là. C’est eux qui sollicitent les rééditions de qualité des classiques, notamment sous la forme d’intégrales. Il est significatif que des séries d’intégrales comme Tif & Tondu, Gil Jourdan ou Lucky Luke atteignent des ventes de 20.000, 30.000 voire 50.000 exemplaires au titre.
Par ailleurs, les plus jeunes sevrés aux anime japonais sollicitent les mangas. La génération Dragon Ball qui atteint aujourd’hui la trentaine passe le relais aux jeunes frères férus de Naruto ou de Death Note. Les mêmes sont passés de Petit Spirou à Titeuf et de Kid Paddle à Lou ! D’autres, comme Les Passagers du vent dont deux nouveaux tomes sont parus ces jours-ci, remettent au goût du jour une série qui a fait les belles heures des années 1980.
Par leur présence au cinéma, Astérix ou Spider-Man fédèrent tout le monde, en attendant Tintin dont le film de Spielberg est attendu pour 2011.
Telle est la BD : Evergreen, toujours verte. Qu’elle passe ou non sur le support numérique, elle garde sa capacité de rassembler toutes les catégories sociales et toutes les générations. C’est ce qui en fait un média de toute première importance.
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La BD jeunesse tient la corde
L’essentiel des best-sellers de 2009 ressortent de ce segment du marché. Pour les auteurs, de plus en plus nombreux : selon Gilles Ratier, ils sont 1439 à vivre de la bande dessinée en 2009, comme pour les éditeurs, également en progression puisqu’ils sont 288 en activité dans l’espace francophone cette année-ci, la concurrence est rude. Heureusement, de nouveaux débouchés s’offrent à eux pour faire connaître leurs productions, notamment sur le Net, appelé, à n’en pas douter, à un grand développement dans les années à venir.
Didier Pasamonik
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A Angoulême en 2009 : Jeunes et vieux partagent la passion de la bande dessinée. Photo: D. Pasmaonik (L’Agence BD)
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Le graphe de l’évolution de la production de la BD ces 9 dernières années montre que son chiffre a triplé sans qu’un genre ne cannibalise les autres. D’après les chiffres de Gilles Ratier. © L’Agence BD.
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François Bourgeon. Il est de retour cette année avec les Passagers du vent (Éditions 12bis). Photo: D. Pasmaonik (L’Agence BD)
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février 20th, 2010 at 23 h 32 min
Bonjour,
Que deviennent les libraires par rapport au développement fu numérique en BD ?