Mundo-BD Le Musée de la BD d’Angoulême : une mission de conservation du patrimoine de la BD | Mundo-BD

Pasamonik Cela se sait trop peu : le Musée national d’Angoulême qui accueillera les plus grandes expositions au prochain Festival d’Angoulême est aussi le détenteur du dépôt légal de la BD en France et détient une collection de 7 000 originaux des plus grands auteurs de l’histoire de la BD, de Rodolphe Töpffer à Lewis Trondheim.

Le dépôt légal oblige à tout éditeur de déposer un exemplaire au moins de ses publications auprès de la Bibliothèque Nationale de France aux fins de la conservation du patrimoine. Mais la notion de patrimoine n’avait pas pour autant la même signification selon les époques. Ainsi, jusque dans les années 1960, les collections de journaux pour la jeunesse de la BNF ont été mal protégées, voire jetées parce que ces « illustrés » devaient faire la place à la « vraie » Littérature.

Musée Angoulême 2 -  juin 09 004 Résultat : la BNF ne dispose pas des collections complètes des grands journaux de l’ âge d’or, comme Mickey, Robinson, Hop-Là, L’Épatant, Le Bon Point illustré ou Hurrah… Cette situation rendait furieux les membres du premier Club de la Bande Dessinée (CELEG) fondé en 1962, où figuraient Francis Lacassin, Alain Resnais, René Goscinny Boileau-Narcejac, Paul Winkler, Jean Adhémar, Marcel Brion, Frederico Fellini, Edgar Morin ou Raymond Queneau.

1977 : Première collection nationale de BD

Le scandale prit fin avec la création, grâce au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême à la création d’un Musée national de la bande dessinée en 1984 qui aboutit à l’inauguration en 2009 de la Cité de la bande dessinée et de l’image.

Auparavant, c’est la conservatrice Monique Bussac du Musée municipal d’Angoulême qui avait constitué la première collection nationale de bande dessinée autour du don d’une planche de Tintin par Hergé, venu visiter et soutenir le tout nouveau Festival.

Leur travail de conservation est, par nature, peu spectaculaire, mais il constitue une étape essentielle dans la conservation du patrimoine. Outre le dépôt légal dont nous avons parlé, le musée possède une des plus belles collections d’originaux au monde avec un fonds de 8.000 planches de BD dont l’une des plus anciennes (1836) est une planche du Suisse Rodolphe Töpffer. L’Association des Amis du Musée, créée en 1995 et forte de 120 membres, enrichit chaque année ces collections par des acquisitions mais aussi par des legs et des dépôts, comme le fonds Calvo prêté par la famille de l’artiste, ou le fonds des imprimeries Quantin, un éditeur de type spinalien (qui a la forme d’une image d’Épinal) qui a eu une très importante production à la fin du XIXe Siècle et dont les originaux ont été remarquablement conservés.

Un travail de conservation préventive

« On peut dire que l’on a sauvé ce fonds, nous raconte Ambroise Lassalle, conservateur du Musée. Dans ce lot, il y avait un certain nombre de calques déchirés en petits morceaux. Nos restauratrices les ont remontés et l’on a pu retrouver les dessins d’origine. On peut là vraiment parler de sauvegarde. Même dans des dessins récents peu abîmés, on trouve des dégradations assez importantes à cause du mauvais scotch qui a été utilisé. Le problème, c’est que l’alcool rentre dans le papier et le traverse en produisant des taches jaunes. Il faut intervenir avant que ces taches n’apparaissent. On fait ce type de sauvetage tous les ans. ». Les originaux sont conservés dans une chaleur constante de 18 à 20°. Exposer ces documents trop longtemps peut les abîmer. C’est pourquoi la collection entière du musée est remplacée tous les trois mois.Ambroise Lasalle

La qualité des papiers et des outils utilisés jouent aussi un rôle dans cette préservation. Certains auteurs, comme Reiser, utilisaient du simple papier-machine très fragile. D’autres, comme Poïvet, utilisaient des feutres, ce qui donne aujourd’hui des originaux délavés, sinistrés. Du boulot en perspective !

 

Conservation et informatique

Le Musée n’est pas déconnecté des évolutions de la BD. L’une d’elles est de savoir comment vont être préservées les œuvres créées directement sur ordinateur, comme c’est le cas pour bon nombre d’auteurs contemporains comme Bastien Vivès ou Chris Lamquet, par exemple. « Le problème, nous raconte Gilles Ciment, directeur de la Cité de la bande dessinée, c’est que chaque auteur fait sa cuisine à sa manière sans trop se préoccuper des contraintes de pré-press. Déjà, l’éditeur perd pas mal de temps derrière à normaliser cette production. Mais en ce qui concerne la conservation sur le plus long terme, nous sommes dans d’autres problématiques, de format, de support, de stockage, de standard… »

Des campagnes de numérisation des documents ont été également mis en place. Toutes les archives du legs Alain Saint-Ogan, le créateur de Zig t Puce qui tenait soigneusement des carnets de ses créations, ont été numérisées, ce qui évite de consulter des documents fragiles.

Fred Pilote

Fond Saint-Ogan

Ce travail de titan est nécessaire et suscite de l’intérêt même à l’étranger puisque la Corée a envoyé une délégation pour étudier les méthodes de l’institution angoumoise.

Si vos pas vous portent à Angoulême à la fin de ce mois, passez voir le Musée, et notamment l’exposition « 100 pour 100″ dans laquelle 100 planches originales issues des fameuses collections du musée sont réinterprétées par 100 auteurs de BD contemporains. Des créateurs originaires de l’Europe entière mais aussi d’Asie et des États-Unis (Florence Cestac, Lorenzo Mattotti, Charles Burns, Alex Robinson, José Munoz…) rendent hommage « en résonance » à l’une des œuvres du musée.  Ce lien entre le passé et le présent est le meilleur exemple de la nécessaire conservation du passé pour favoriser les créations de l’avenir.

 

Didier Pasamonik

CentPourCentAfficheWeb-071b9 e x p o s i t i o n cent pour cent

Musée de la Bande Dessinée à Angoulême

du 28 janvier au 28 mars 2010

 

Illustrations:

1. Dans le saint des saint du Musée d’Angoulême. Celui-ci détient le Dépôt légal de la Bande Dessinée. Photo : D. Pasamonik.

2. Ambroise Lassalle, le jeune conservateur du Musée d’Angoulême. Photo : D. Pasamonik.

3. Une planche de Fred avec sa reproduction dans Pilote. Photo : D. Pasamonik.

4. Dans le “trésor” du musée, l’important fonds Alain Saint-Ogan a été numérisé, comme ce document où l’artiste reprend, jour après jour, le détail des oeuvres publiées. Photo : D. Pasamonik.

5. L’affiche de l’exposition Cent pour Cent. ©Mattotti/Cité de la Bande Dessinée et de l’Image.


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Auteur:
Didier Pasamonik
Date:
Mardi, janvier 12th, 2010 at 13 h 34 min
Categorie:
Actualités, BD Américaine, BD Asiatique, BD Européenne
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