Mundo-BD Erlangen 2010 : Le Graphic Novel change la donne sur le marché allemand | Mundo-BD

Le Festival International d’Erlangen permet tous les deux ans de jauger les tendances du marché allemand. Cette année, on fait le bilan que la BD a gagné en visibilité dans les médias grâce à la vogue des Graphic Novel et à l’émergence d’une « nouvelle bande dessinée allemande », tandis que la BD franco-belge revient tout doucement aux premières places.

Faisons d’abord ce constat : les mangas perdent du terrain en Allemagne. Ils y ont pris leur place et pour longtemps mais, en l’espace de deux ou trois ans, leur part de marché s’est réduite de 75% à 60%.

Ralf König Cette décrue se fait au profit d’une forte progression des romans graphiques dans ce pays, tendance qui ouvre la voie d’une diffusion de la bande dessinée en librairie où elle était quasiment absente au contraire du kiosque, mieux formaté pour diffuser les bandes dessinées les plus populaires outre-Rhin : Disney, Astérix, Lucky Luke et récemment les mangas.

Un auteur incarne à lui seul cette mutation : Ralf König. Né en 1960 à Soest en Westphalie, il commence à publier des bandes dessinées confidentielles dans des revues gay au début des années 1980. Puis il publie son album « Der bewegte Mann » aux éditions Rowohlt. Adapté à l’écran en 1995 (Le film comme le livre seront traduits en France en 1996 sous le titre : Les nouveaux mecs ), le film est un phénomène de société en Allemagne plébiscité par plus de 7 millions de spectateurs. Les romans graphiques de König s’arrachent comme des petits pains. Il est traduit dans 11 langues et 17 pays. Il devient le grand auteur allemand de sa génération, un peu l’équivalent de notre Brétecher. Et surtout, il fait prendre conscience aux jeunes créateurs allemands que la bande dessinée n’est pas seulement un produit d’importation.

La bande dessinée commence à être prise au sérieux

La progression du roman graphique en librairie, où elle côtoie, comme en France et aux États-Unis les ouvrages de littérature générale, a deux impacts d’ordre sociologique :

1/ Elle permet au public de prendre conscience que la bande dessinée, en dépit du vocable qui la désigne (Comic en allemand), n’est pas seulement un genre dévolu à l’humour. « Comic muss nicht komisch sein» (La BD peut être sérieuse) titrait avec surprise le Frankischer Tag du 5 juin 2010, un important quotidien de Franconie, en analysant à Erlangen l’impressionnante diversité de la production de la bande dessinée en Allemagne.

2/ Par voie de conséquence, en raison des thématiques sociales et politiques, parfois très dures, mais aussi en raison du fait que les auteurs sont allemands, comme Ulli Lust qui a reçu cette année le Prix du public  à Erlangen pour Heute ist der letzte Tag vom Rest deines Leben (Aujourd’hui est le premier jour du reste de ta vie) chez Avant-Verlag/Electro Verlag, un roman graphique inspiré de sa jeunesse de punk droguée, les médias commencent à s’intéresser de plus en plus à la BD et lui offrent une plus grande visibilité, alors qu’elle était jusqu’ici méprisée.

Manga et Graphic

 

Le retour de la BD franco-belge

L’autre fait saillant est le retour relatif sur ce marché de la BD franco-belge. Il est dû essentiellement à l’arrivée de nouveaux opérateurs. D’abord le label « BD » (qui signifie, non pas « bande dessinée » mais « Bunte Dimensionen » que l’on peut traduire par « Dimension couleur », façon d’affirmer une radicalité colorée face aux mangas et aux romans graphiques engoncés dans leur tristounet noir blanc). Ensuite le label Splitter Verlag, dont la marque a récemment été rachetée puis relancée par un nouvel éditeur avec un dynamisme remarquable, enfin par la maison d’édition Piredda Verlag créée par le jeune Marko Pirreda, ancien rédacteur du magazine Zack, grand admirateur des classiques franco-belges. Ce sont particulièrement Soleil et Delcourt qui profitent de cette embellie : la science fiction et l’Heroïc Fantasy étant devenues des normes communes aux mangas, aux comics et à la BD franco-belge, ces nouveaux éditeurs allemands en ont fait le fer de lance de leur reconquête.

La montée en force des romans graphiques soutient même cette diversification, le public étant éduqué à découvrir de nouveaux graphismes, cette nouvelle appétence se reporte également sur ce segment dans la mesure où la thématique correspond à une attente du public.

GN et BD

En conclusion, l’évolution du marché allemand suit peu ou prou celle du marché francophone : le chiffre d’affaires reste stable mais la production en nombre de titres augmente. Le choix du lecteur peut se porter désormais aussi bien sur une BD de genre qu’une BD d’auteur, selon sa sensibilité. On aura droit à l’habituelle réserve de ceux qui prévoient que les tirages baisseront forcément par la même occasion. Mais sur le marché allemand où Bilal ou Blueberry tirent à moins de 8.000 exemplaires à la nouveauté, la rentabilité a toujours été difficile. Cela n’a jamais empêché notre bande dessinée d’y être présente, dans toute sa diversité, depuis plus de soixante ans.

DIDIER PASAMONIK

Prudomme et mathieu chez reprodukt

Illustrations :

  1. Ralf König. Photo : Didier Pasamonik (L’agence BD)
  2. Erlangen 2010 : Les Mangas font face aux Graphic Novels…
  3. … qui font désormais jeu égal avec la bande dessinée. Photos : Didier Pasamonik (L’agence BD)
  4. David Prudhomme (2e à g.) et Marc-Antoine Mathieu chez leur éditeur allemand : Reprodukt (à dr.) Photo : Didier Pasamonik (L’agence BD)

Le portrait de Didier Pasamonik en médaillon est d’Alexandre Franc


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Auteur:
Didier Pasamonik
Date:
Mardi, juin 8th, 2010 at 17 h 59 min
Categorie:
Actualités, BD Asiatique, BD Européenne
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