Depuis un peu plus d’un an, un feuilleton en bandes dessinées, « Les autres gens », défraye la chronique du Net par le nombre d’épisodes publiés (pas loin d’une centaine), le nombre d’auteurs qui y collaborent (près de cinquante) dont certains (Bastien Vivès, Kris, Camille Jourdy, Ken Niimura, Chloé Crucheaudet, Joël Alessandra, Alexandre Franc…) ont déjà un petit nom en librairie. Un cas étudié cette semaine par l’Université d’été à Angoulême.
Au départ, il y a Thomas Cadène, scénariste et dessinateur, qui a œuvré aussi bien pour les éditions Paquet que pour KSTR de Casterman. Il s’inscrit dans la mouvance des graphistes du site communautaire Café Salé.
Puis vient l’idée : créer une BD qui propose quotidiennement, du lundi au vendredi, comme on regarderait une série télé, son lot de révélations et de rebondissements. « Il y a aux Etats-Unis des séries comme Six Feet Under ou Les Soprano qui sont pour moi au niveau de très très grands films, témoigne Thomas Cadène. Il y a le souci du personnage et surtout la capacité de le faire évoluer. Il n’a plus besoin d’être monolithique parce qu’il est pensé sur la durée. Tout d’un coup, on se dit qu’avec le web, et cela, ce sont les blogs qui nous l’ont appris, il y a une sorte d’immédiateté, une fréquence qui n’est pas celle du papier. C’était le médium idéal. J’en ai discuté avec certains auteurs comme Bastien Vivès, Vincent Sorel ou Alexandre Franc. Au départ, on avait pensé que ce serait très simple, et en fait, non : ca a été très difficile. Il fallu faire des investissements techniques et juridiques, créer une société trouver un peu d’argent pour le lancement. »
Une aventure communautaire
L’histoire de Mathilde, de ses amis, de ses parents et des autres gens qui croisent son chemin est illustrée par des dessinateurs très différents, pour la plupart issus de la génération de l’Internet, et cette communauté construit peu à peu une bande dessinée en forme d’auberge espagnole à l’intrigue et aux psychologies complexes, un récit qui se déroule comme un interminable écheveau, à l’exemple de celui de Shahrazade, la conteuse en sursis de la cour de Bagdad.
Ce projet est d’abord porté par une trentaine d’auteurs de BD, parmi lesquels un bon nombre des professionnels publiés chez de grands éditeurs comme Erwann Surcouf, Alexandre Franc, Bastien Vivès, Tanxxx, Manuele Fior, Vincent Sorel, Chloé Cruchaudet, Ken Niimura…
Le scénario est de Thomas Cadène qui sera finalement rejoint par d’autres plumes, comme Kris : « Le scénario est rédigé de manière assez simple. Les dessinateurs le dessinent case par case. Ils ne peuvent absolument pas le modifier car plusieurs auteurs travaillant de front, on les écrit à l’avance. Là, par exemple, tous les épisodes du mois de juillet sont écrits. Ils ne peuvent pas se permettre de changer le scénario. La seule condition est que l’auteur ait un univers graphique qui appréhende le réel sans forcément d’humour. Marion Montaigne, par exemple, qui me fait mourir de rire sur son blog, je ne la voyais pas dans mon scénario car ses personnages sont dans l’outrance. Comme nous avions la nécessité de rappeler où l’on en est, soit aux nouveaux arrivants, soit aux anciens lecteurs, nous avons trouvé une place pour des auteurs dans un registre différent dans ces résumés, beaucoup plus drôles, où ils peuvent se réapproprier l’histoire et la re-raconter. Il est évidemment important que l’identification graphique des personnages soit préservée d’un épisode à l’autre. Il est assuré par des cases de générique dessinées par l’auteur du jour. »
Près de cent épisodes
Tous les débuts de mois, il y a un résumé qui raconte où l’on se trouve dans l’histoire, on n’est donc pas obligé de connaître la série depuis le début. Les premières consultations sont gratuites, mais pour suivre cette passionnante aventure qui dépassera bientôt le cap des 100 épisodes, il faut s’abonner au tarif de 2,79 euros par mois, 15 euros pour 6 mois et 29 euros pour un an. Les archives sont au même prix, selon des formules que l’on peut régler soit par PayPal, soit par prélèvement bancaire automatique. L’abonnement peut être suspendu par le lecteur à tout instant.
Si la rentabilité n’est pas encore au rendez-vous, les créateurs ont été surpris que, dès le premier mois, des gens s’abonnaient pour l’année. L’expérience est en tout cas graphiquement ébouriffante et marquera sans aucun doute l’histoire de la bande dessinée numérique.
DIDIER PASAMONIK
LIEN VERS “LES AUTRES GENS”
Illustrations :
1. Photo de Thomas Cadène par Didier Pasamonik (L’Agence BD)
2. Bastien Vivès dans Les autres gens.
3. Julien Sorel dans Les autres gens.
4. Alexandre Franc dans Les autres gens.
Le portrait de Didier Pasamonik, en médaillon est d’Alexandre Franc
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