À Angoulême, depuis huit ans, la Maison des Auteurs à Angoulême s’est donnée pour mission d’accompagner les premiers pas dans le métier des jeunes auteurs. Au fil des ans, la présence de ses résidents s’avère de plus en plus internationale. Enquête.
Au départ, ce sont des auteurs angoumoisins qui sont allés voir, il y a près de dix ans, les représentants du Pôle Images (Groupement d’Intérêt Economique angoumoisin) aujourd’hui dénommé Magelis, créé notamment avec le soutien du Conseil Régional en association avec les entreprises locales dédiées à l’image (société de production de films, éditeurs, etc.). Ils lui ont fait observer que les institutions et les entreprises dédiées à l’image à Angoulême étaient aidées mais que ceux qui étaient à l’origine de ces images, les auteurs, étaient un peu oubliés. ![]()
« Les premières réunions ont commencé il y a un peu plus de dix ans, témoigne Pili Munoz, directrice de la Maison des Images, avec l’idée de créer un lieu un peu atypique qui ne serait ni vraiment une résidence d’artiste, ni des ateliers pérennes. » Après deux ans de concertation avec des techniciens de Charentes-Développement missionnés par Magelis, ils imaginèrent un lieu où il y aurait à la fois des espaces de travail et d’exposition et des services répondant aux préoccupations des auteurs.
La Vallée des Images
La caractéristique d’Angoulême est sa forte densité d’entreprises et d’écoles dédiées à l’image. Le pôle de formation concerne l’École Supérieure de l’Image, l’École des Métiers du Cinéma d’Animation, l’École des Métiers de Création Infographique, l’École Nationale des Jeux et Medias Interactifs Numériques, l’Institut de Communication et des Nouvelles Technologies, le Centre Européen des Produits de l’Enfant, le Lycée de l’Image et du Son, sans compter les filières classiques (lycée technique ou formation professionnelle). Par ailleurs, de nombreux studios de dessins animés, profitant de conditions fiscales favorables, y ont élu domicile. Une pépinière à laquelle on doit des succès comme les films Les Triplettes de Belleville ou encore Kirikou ou la série télé Titeuf. Forcément, un bon nombre de talents finissent par s’ancrer dans la région. On les estime à une centaine.
Les premières années, la Maison des Auteurs a majoritairement accueilli des auteurs locaux, mais la situation a évolué : « Au fil des ans, raconte Pili Munoz, nous avons commencé à recevoir des auteurs de toutes les régions de France avec des dispositifs de bourses, comme la bourse de résidence du Centre National du Livre mais aussi des appartements, ce qu’on n’avait pas au départ. Maintenant, nous sommes sur un modèle avec 50% d’étrangers, et 50% de Français avec une importante communauté locale, mais pour lesquels nous avons changé de politique : nous affectons davantage des aides pour la création longue qui peuvent aller jusqu’à quatre ans, ce qui nous a permis d’aider par exemple Fabrice Neaud et bien d’autres. Nous avons donc des étrangers qui s’installent à Angoulême, par exemple quatre Italiens qui ont leur appartement et qui se logent par leurs propres moyens ; nous avons aussi des Espagnols cette année, nous avons un auteur ukrainien, reçu une Indienne l’année dernière. »
Partie intégrante de la Cité de la Bande Dessinée, la Maison des Auteurs est donc principalement financée par le Conseil Général, l’Etat, la Ville d’Angoulême et la Région Poitou-Charentes. Ponctuellement, les auteurs reçoivent des aides du CNL, au rythme de une à deux bourses par an. La ville de Bilbao finance un auteur espagnol avec une bourse de 1.000 euros par mois pendant an. La Fondation Beaumarchais finance une aide à un projet d’animation.
De plus en plus internationale
Après huit ans, la Maison des Auteurs est devenue un facteur de rayonnement pour Angoulême ; une auteure d’Angoulême est partie travailler en Corée, des Japonais venus en résidence travaillent avec des auteurs français. Les échanges se multiplient. En ce moment, la Maison accueille plusieurs auteurs italiens, une Tchèque, un Argentin, un Ukrainien, une Coréenne, trois Espagnols…
Comment s’inscrire dans ce programme ? « On va sur le site de la Cité de la Bande Dessinée et on télécharge les formulaires qui sont en anglais, nous dit Pili Munoz. Nous travaillons en ce moment à faciliter la provenance d’auteurs de tous les pays du monde ce qui n’est pas facile : on travaille en lien avec les services de la Préfecture. C’est une partie un peu souterraine de notre travail qui consiste à obtenir les visas, les cartes de séjour, etc. On a beaucoup de chance car nous sommes dans un département qui connaît ce que l’on fait, notre travail de facilitateur. Faire venir des créateurs de pays qui ne donnent pas forcément de l’aide à la création est un chantier sur lequel on travaille actuellement. » Comme on le voit, le Festival d’Angoulême et les institutions qui en découlèrent a suscité bien des initiatives passionnantes.
DIDIER PASAMONIK
Illustrations :
1. Portrait de Pili Munoz devant les travaux de la Coréenne Yoon Sun Park. Photo de D. Pasamonik (L’Agence BD)
2. Travaux de Catherine Ferrier exposés lors du dernier Festival d’Angoulême. Photo de D. Pasamonik (L’Agence BD)
3. Travaux de Marine Blandin exposés lors du dernier Festival d’Angoulême. Photo de D. Pasamonik (L’Agence BD)
En médaillon : Dessin d’Alexandre Franc
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