Mundo-BD Achraf Touloub : De l’Ecureuil d’or à l’Art contemporain | Mundo-BD

Né en 1986 à Casablanca au Maroc, Achraf Touloub figurait à l’exposition Vraoum, à la Maison Rouge en 2009, la première grande exposition confrontant l’Art contemporain à la Bande Dessinée en France. Il fera partie des quelques auteurs marquants de la Biennale d’art contemporain du Havre qui tiendra place du 1 au 30 octobre 2010. Ce plasticien a placé la BD comme l’une de ses références. Un fait finalement peu étonnant pour un ancien lauréat du Concours scolaire de BD, Ecureuil d’Or Caisse d’Epargne de Picardie à l’âge de 12 ans…

Aujourd’hui, les collectionneurs se l’arrachent. Un patron du CAC 40 vient d’acheter une de ses œuvres. Étonnant pour un jeune peintre pas encore sorti des Beaux-Arts et encore inconnu il y a deux ans. Soutenu par la Galerie Martine et Thibaut de la Châtre, ses onomatopées au contenu ésotérique attirent l’œil. « Les travaux d’Achraf Touloub sont le résultat d’une réflexion sur la société française contemporaine. Le communautarisme, l’identité et l’appartenance culturelle sont autant d’éléments que l’artiste développe dans ses peintures et ses dessins. Ayant souvent recours à des stratégies de détournement, Achraf Touloub a fait siennes les techniques de communication de masse que sont l’illustration et la bande dessinée. » dit le galeriste.

Achraf Touloub portrait De fait, on est surpris en le rencontrant d’une telle maîtrise conceptuelle doublée d’une intelligence pénétrante. Pourtant, son parcours est quasi banal : parents émigrés du Maroc, une fratrie nombreuse (deux sœurs et quatre frères), un père épicier à Puteaux (92) avant de s’installer en Picardie, une maman professeur de français qui invite à la lecture. Si les sœurs lisent la grande littérature, apprécient l’opéra, les quatre frères ne détestent pas se partager leurs BD.

Ecureuil d’or

Achraf dessine déjà et fait l’admiration de la famille. Sa mère lui donne des crayons et des feutres. Au début, il représente plutôt les Tortues ninjas ou d’autres séries vues à la télé. Puis c’est le parcours classique : Astérix, Lucky Luke, Boule & Bill… Enfin, Dragon Ball. « Dragon Ball, ça me motive encore aujourd’hui » dit notre plasticien féru de culture populaire : « L’animation et la bande dessinée, ce sont les premiers rapports que les enfants ont avec l’art. La première fois que je suis entré dans un musée, c’était le Centre Pompidou, j’avais 19 ans. »

Au collège, le professeur d’arts plastiques l’informe que la Caisse d’Epargne fait un concours en vue du Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême. Achraf a douze ans. Il réalise en deux planches une histoire de momies et d’Égyptiens. La planche plaît au jury et il se retrouve Ecureuil d’Or pour la région  Picardie ! On organise une fête à l’agence Caisse d’Epargne de Villers-Cotterêts où il réside. Il y avait du champagne, ses parents étaient contents… Il reçoit plein de cadeaux, dont des albums de Moebius. Un vrai choc!

A l’adolescence, c’est la découverte de la tradition islamique. Il a quinze ans. Il apprend que la représentation de l’être humain est interdite par la religion musulmane. Il s’arrête totalement de dessiner. « Je fais des lettres, de la typographie. Cela a un rapport avec le 11 Septembre, car quand on regardait la télévision, on était convaincu que des terroristes habitaient la maison… Ça a provoqué des réactions : au lycée, plutôt que de faire les délinquants, les rebelles, on trouvait plus subversif de respecter la tradition. Faire le Ramadan, c’était finalement plus drôle. » Le jeune homme y trouve une première matière à réflexion. La société avait bougé autour de lui, il était en train de s’en rendre compte.

Direction : Les Beaux-Arts

A la terminale, Achraf prend le chemin de Paris. Objectif : La faculté de droit. Il l’avoue volontiers aujourd’hui : « Après un an et demi, mes cours ressemblaient à des carnets de croquis. » Il se fait cette réflexion : autour de lui, dans la famille, ils ont tous Bac +7 et ils n’ont pas trouvé du travail pour autant. Dès lors, faire les Beaux-Arts, ce n’est pas une si grosse prise de risque. Pour y entrer, il suit une formation de BTS de communication visuelle, passant directement des exposés de droit constitutionnel de Guy Carcassone à l’enseignement technique ! « En fait, j’ai suivi ce cursus pour combler mes lacunes en histoire de l’Art, se justifie-t-il aujourd’hui.

Il n’oublie pas la BD pour autant et remarque les qualités spirituelles de certaines BD : « Moebius et Jodorowsky ont donné une esthétique à une époque. Ça a influencé la bande dessinée, la peinture, le cinéma… Il y avait une puissance conceptuelle, une force d’évocation et une technique parfaites. La bande dessinée d’aujourd’hui a beaucoup plus de mal à créer une telle esthétique. L’art est une possibilité de réfléchir sur l‘époque. »

Sans titre, 2009, sculpture en bois laqué.

Il passe simultanément les concours des Beaux-Arts de Cergy, de Rueil-Malmaison et de Paris. Ce bon élève n’a aucun problème pour les réussir les trois . Il s’inscrit à Paris, choisissant d’entrer dans l’atelier le plus éloigné de ses habitudes graphiques figuratives : P2S avec Bernard Paretti, Sylvie Fanchon et Dominique Figarella.

Ses premiers travaux, il les consacre au Captain America, cette création de Jack Kirby datant de 1940 qui symbolisait la défense de l’Amérique contre les nazis. Mais dans son esprit, c’est aujourd’hui le symbole de l’hyper-puissance américaine. Pourquoi ne choisit-il pas la BD comme métier, à l’exemple de dizaines d’autres jeunes créateurs ? «  La bande dessinée, comparée à une œuvre picturale, a un côté trop didactique. Je trouve cela moins intéressant que la recherche plastique ou la pratique dans l’art contemporain. »

Il expose dès la première année dans une petite galerie mais, lors de l’exposition annuelle des élèves aux Beaux-Arts, un visiteur prend une de ses œuvres –une onomatopée- en photo avec son téléphone et l’envoie à David Rosenberg, écrivain, éditeur d’art et commissaire d’expositions. Celui-ci est en train de préparer la grande exposition Vraoum à la Maison Rouge à Paris qui met en relation la Bande Dessinée et l’Art contemporain. Il prend contact avec lui : il veut une de ses toiles dans sa grande exposition rétrospective. C’est la consécration !

Haqq_2009_Sculpture_en_bois_laque_Achraf_Touloub-2

Et voici notre jeune peintre, pas encore émoulu de son école, qui se retrouve exposé aux côtés de Warhol, de Lichtenstein, de Moebius, de Keith Haring ! Un truc de fou ! Dans la foulée, Rosenberg lui présente Martine et Thibault de la Châtre qui le prennent dans leur équipe. Achraf Touloub est maintenant régulièrement exposé dans une des galeries les plus prestigieuses de Paris, ses œuvres se retrouvant acquises par les collectionneurs les plus exigeants et les plus raffinés. Son chemin le mène en ce moment à travailler sur des dessins de plâtre et sur les miniatures persanes.

Achraf Touloub sera un des artistes éminents de la grande exposition que Jean-Marc Thévenet, l’ancien directeur général du Festival d’Angoulême, est en train de préparer en ce moment au Havre : « Bande Dessinée et Art contemporain ! La nouvelle scène de l’égalité. ». Pas mal pour un ancien Ecureuil d’or…

DIDIER PASAMONIK

Illustrations :

1. Achraf Touloub dans son atelier en juillet 2010, par Didier Pasamonik

2. Sans titre, 2009. Sculpture sur bois laqué. Œuvre exposée à l’exposition Vraoum, en juillet 2009. © Achraf Touloub – Galerie Martine et Thibault de la Châtre

3. Haqq !, 2009. Sculpture sur bois laqué. © Achraf Touloub – Galerie Martine et Thibault de la Châtre

En médaillon : Portrait de D. Pasamonik par Alexandre Franc.


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Auteur:
Didier Pasamonik
Date:
Mercredi, juillet 21st, 2010 at 9 h 28 min
Categorie:
Actualités, BD Européenne
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