Mundo-BD Dave McKean chez Goya | Mundo-BD
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Par Didier Pasamonik

illustration d'Alexandre FrancDave McKean est un artiste anglais qui a laissé dans la bande dessinée une empreinte particulière. Compagnon de route de l’écrivain Neil Gaiman, il a un parcours hors normes dans lequel il œuvre comme illustrateur, comme peintre, comme photographe, comme auteur de bande dessinée, comme concepteur graphique, comme cinéaste et même comme musicien. Nous avons rencontré cet artiste total en l’accompagnant à l’exposition Goya graveur au Petit Palais.

La semaine dernière, Dave McKean était à Paris. Né le 29 décembre 1963 à Maidenhead dans le Berkshire en Angleterre, à l’Ouest de Londres, Dave McKean est le dessinateur anglais le plus marquant de sa génération. Il avait fait le voyage de New-York en 1986. Il n’y avait en effet aucun débouché pour un dessinateur de BD en Angleterre où le marché est saturé par les comics d’outre-Atlantique. Même le grand  scénariste Alan Moore avait dû venir chercher son succès dans la Grosse Pomme. À New-York, McKean ne trouve pas de travail, mais il y fait la rencontre d’un compatriote qui va jouer un rôle déterminant dans sa carrière : Neil Gaiman. Alors totalement inconnu, le grand romancier anglais lui écrit un scénario basé sur des souvenirs traumatisants de son enfance, Violent Cases (Daté de 1987, cet album est actuellement publié en France au Diable Vauvert après avoir été publié chez Zenda). L’année suivante, Gaiman écrit pour lui la mini-série Black Orchid pour DC Comics (L’Orchidée noire, chez Zenda en France). Entre les deux hommes se noue une amitié indéfectible. La plupart des couvertures des romans de Gaiman seront signées par McKean, de même que celles de ses bandes dessinées Hellblazer dont Gaiman détermine la ligne graphique. Il fait de même pour la série Sandman toujours avec Gaiman. L’un et l’autre accèdent alors à la célébrité. La version de Batman : Arkam Asylum, a Serious House on a Serious Earth que livre McKean sur un scénario de Grant Morrison (Les Fous d’Arkham¸Comics USA, puis L’Asile d’Arkham chez Reporter, 1989) finit de lui donner un statut d’auteur culte.

Cages : le chef-d’œuvre

Mais c’est entre 1990 et 1996 qu’il élabore seul son chef-d’œuvre : Cages, 12 fascicules en bichromie où son trait à la plume s’inscrit dans  une filiation qui va de Munoz à Mattotti (l’album est publié en intégrale en France chez Delcourt). Un trait arraché, nerveux, inquiet, qui met en place des destins singuliers sur près de 500 pages : un peintre en mal d’inspiration, un romancier à succès cloîtré chez lui tant son dernier ouvrage a fait scandale, un jazzman doué du nom d’Angel qui d’ailleurs est peut-être un ange, une botaniste qui transforme son appartement en forêt vierge, une sorte de businessman qui dialogue avec des chats… Le trait vagabonde, s’arrache du papier, cerne soudain une lumière crue pour souligner la tache d’un coup de pinceau, et puis s’en retourne dans des gris bleus d’un velours profond. Des corps, anguleux, s’étirent avec grâce. Un chat curieux et énigmatique, lointain cousin de celui du comté du Chester, emmène dans sa balade un lecteur mi-inquiet, mi-voyeur. Le dessin infuse du mystère, de la sensualité, de la poésie. Pour tous les amateurs de BD, le livre fait l’évènement. Il reçoit l’Alphart du meilleur album étranger en 1999 à Angoulême.

En même temps, il se forge une réputation dans l’illustration (notamment dans le New Yorker) et publie deux autres livres, toujours avec Gaiman : Signal to Noise qui met en scène un réalisateur en train d’achever sa vie en même temps que son dernier film dans un récit aux accents millénaristes (le livre est conçu en 1999), une farce grotesque tirée de Guignol, révérence à un journal satirique victorien, Mr  Punch (Éditions Reporter, 1997) ou encore Des loups dans les murs, toujours avec Gaiman, en 2003 (Ed. Delcourt).

« J’ai toujours aimé la bande dessinée, nous dit McKean. Quand je suis allé aux Beaux-Arts, c’était pour apprendre à faire des BD. Mes profs, qui étaient excellents, m’y poussaient d’ailleurs. Puis j’ai appris d’autres techniques de dessin, la peinture, l’informatique, j’ai appris à faire des films, à travailler avec une caméra… Mes amis voulaient faire des BD, tout comme moi. C’est grâce à eux que j’ai rencontré Neil Gaiman avec qui j’ai réalisé ma première BD. Le fondement de mon travail, mon premier amour, a été la bande dessinée. Nous adorions tous Alan Moore, mais je n’ai jamais réussi à travailler avec lui. Peut-être parce qu’Alan, qui est lui-même dessinateur, aime tout contrôler, jusque dans les moindres détails. C’est évidemment excellent, car il a une idée très claire de ce qu’il veut faire. Mais cela laisse peu de place à l’improvisation dont un illustrateur comme moi a besoin. Il est possible que c’est pour cette raison que Bill Sienckiewicz a abandonné le projet « Big Numbers » en cours de réalisation. Je n’ai pas ce problème avec Neil Gaiman qui me fait confiance et dont les scripts sont très ouverts à mes propres interprétations. »

Mais sa production s’enrichit rarement de réalisations pour le 9ème Art, alors que ses projets d’illustrations abondent, tandis qu’il réalise lui-même le film Mirrormask, produit par Jim Henson pour 4 millions de dollars, une fable poétique qui reçoit un accueil enthousiaste de la critique.

Dave McKean à Paris

Le dessinateur anglais s’apprête à publier en France deux livres, chez un petit éditeur nommé BDArtiste. Le premier, Squink, onomatopée sensée être émise par un bruit métallique, rassemble près de deux cents dessins au trait fin et aux formes étranges, entre hallucinations et cauchemars. Le deuxième album s’appelle Postcards from Paris et, au moment où nous le rencontrons, le dessinateur anglais ne l’a pas encore complètement réalisé. Après Vienne et Barcelone, il est précisément venu à Paname pour dessiner la ville pendant trois jours. « Lorsque j’étais à Vienne, j’y suis allé avec ma femme et mes deux enfants de 12 et 15 ans. Nous avions tous un carnet de croquis en main. C’était incroyable : grâce à cela, mes enfants se rappelaient de chaque détail du voyage, et moi aussi ! Depuis lors, c’est devenu un rituel, chaque fois que je voyage, je prends des croquis, je capte ce que je vois, je note les détails, et j’apprends ainsi bien plus de chacune des villes que je traverse. Quand nous avons eu l’idée de cette exposition [qui aura lieu à la galerie Bdartiste du 24 juin au 13 septembre 2008], j’ai voulu l’agrémenter de ma vision de Paris en faisant ce petit livre de « cartes postales ». Ce n’est pas un guide, c’est juste un recueil de choses vues : des gens, des rues, des bâtiments… (Il regarde autour de lui) Je suis venu plusieurs fois à Paris mais, est-ce que c’est la saison, le fait que nous soyons en mai, la lumière est magnifique. J’étais hier sur le toit du Centre Georges Pompidou. Je regardais le ciel de Paris : c’était extraordinaire. À Londres, les immeubles les plus marquants sont engoncés parmi les autres, ils étouffent. À Paris, la Toue Eiffel, Notre-Dame, le Sacré Cœur, dominent la cité avec une certaine fierté. Et puis les gens ici ont l’air joyeux. Le long de la Seine, dans la rue, on voit des couples qui s’embrassent. J’ai l’impression qu’il y a une sorte de quiétude qui est propre à cette ville. C’est une cité heureuse. »

Rencontre avec Goya

 

Plutôt que de faire une interview guindée, je lui propose d’aller voir avec lui l’exposition Goya graveur qui se termine le 8 juin. Il me racontera sa vie en chemin. L’exposition au Petit Palais est impressionnante : 280 documents qui rassemblent les travaux gravés du grand peintre espagnol avec les esquisses et les différents états. Une leçon de dessin que le dessinateur anglais a bien l’intention de prendre comme telle.

Sa voix se fait mezzo quand il parle de Goya et il est le plus souvent muet devant l’émotion que ses dessins suscitent. Un détail l’arrête : pour dessiner les volumes, Goya ne cerne pas la forme avec un trait, comme on le fait souvent : il multiplie les traits en suivant le volume , s’arrête pile jusqu’à former un trait invisible et parvient ainsi à suggérer le contour. « C’est bien observé : dans la réalité, aucun trait ne cerne les formes. Il se contente de décrire les volumes, pas de les préciser. C’est une bonne leçon ! », s’exclame McKean . Devant Don Balthasar Carlos, infant d’Espagne, il s’arrête : « Quel incroyable visage ! Le modèle donne l’impression de ne pas vouloir qu’on le dessine. Il considère l’artiste avec un regard pénétré de soupçon. » Devant un portrait d’Esope, où Goya, prenant le contre-pied de la représentation classique, lui donne un visage glabre, ordinaire, empreint d’humanité, McKean fait la comparaison avec les dessins de Gustave Moreau qu’il a vus hier : quand le peintre symboliste dessine d’après nature, il est brillant. Mais quand il peint d’imagination, constate-t-il, il est d’une faiblesse insigne. Rien de cela, ici. Plus d’une fois, il s’arrête, sort son carnet de croquis et copie une composition, un visage. « J’aime quand on retrouve le geste qui suit la forme. Dans ces gravures, il exécute le trait à la pointe, avec des aplats noirs, comme dans une bande dessinée, j’adore ça. Mais ses compositions restent très classiques, quasi photographique en vérité, avec le sujet concentré au centre de la page vers laquelle se dirige la lumière. » La technique a-t-elle modifié fondamentalement la façon de dessiner, de Goya à nos jours ? « Non, répond-t-il simplement, un bon dessin reste un bon dessin : dans la façon de tenir le crayon ou le pinceau, d’appréhender les proportions, les volumes, la lumière, les couleurs et les tons. Goya, c’était il y a deux cents ans. La photographie a beaucoup modifié notre façon de voir, dans sa capacité à capter les objets rapidement, d’emprisonner le mouvement. Mais si, comme de nos jours, le cinéma et la télévision, ont modifié notre regard, le dessin n’a pas fondamentalement changé depuis Goya. »

Le visite de l’exposition se terminant, je laisse notre visiteur continuer sa découverte de Paris. Il prend un taxi en direction de la Cinémathèque. Dave McKean est un ogre insatiable d’images.

Par Didier Pasamonik

Squink, 200 pages, à paraître chez BDArtiste.

Postcards from Paris, à paraître chez BDArtiste.

Galerie Bdartiste, du 24 juin au 15 septembre 2008, 55 rue Condorcet – 75009 Paris – www.bdartiste.com

Illustrations :

Squink- © Dave McKean

Cages N°1 © Dave McKean / NBM publishing

Mirrormask © The Jim Henson Company

Mr Punch – Editions Reporter

Dave McKean – Photo: Didier Pasamonik


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Date:
Vendredi, juin 6th, 2008 at 8 h 00 min
Categorie:
Actualités, BD Européenne
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One Response to “Dave McKean chez Goya”

  1. subprime cards Says:

    Nice Site!
    http://google.com

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